Si tout le monde a entendu parler des bains publics de la Rome antique, les fameux thermes, on ignore souvent que les cures thermales existaient déjà au Moyen Age. Cependant, ces dernières étaient agrémentées de jeux, danses, ripailles et attouchements sexuels, pratiques bien différentes de ce qui est proposé dans nos «thalassos» actuelles! En 1416, visitant la Suisse, l'humaniste florentin Pogge s'arrêta aux bains de Baden, près de Zurich. Il nous en laisse une description détaillée. Au début du 15e siècle, Baden possédait une trentaine de bains privés et deux publics. Ils étaient ouverts à tous, femmes, hommes et enfants. Ce mélange des sexes et des âges étonna et amusa beaucoup Pogge: «on pouvait voir des vieilles décrépites (sic), en même temps que des jeunesses, entrer dans l'eau toutes nues sous les yeux des hommes, montrant leurs parties naturelles et leurs fesses; j'ai souvent ri de ce genre de spectacle pittoresque».
Dans ces bains privés, parfois luxueux, on pouvait boire et manger dans l'eau sur des tables posées sur le rebord des baquets. Pogge explique qu'il y avait au-dessus des bains, des galeries permettant d'observer tout en discutant tranquillement: «Pour ma part, c'est de la galerie que je dévorais tout des yeux», un voyeurisme qui a le mérite de la franchise... Mais son étonnement ne s'arrête pas là: «Il est permis à tous d'aller dans les bains des autres, pour contempler, bavarder, jouer, se délasser l'esprit et même se toucher comme c'est l'habitude. Des maris voyaient leur propre femme touchée par des étrangers et ne s'en émouvaient pas, ils prennent tout du bon côté.» Il faut préciser qu'à la fin du Moyen Age la notion d'intimité était différente de la nôtre. Il arrivait souvent que toute une famille couche dans le même lit. Il n'était pas rare non plus qu'un voyageur inconnu soit invité dans une maison particulière et partage le lit de ses hôtes pour la nuit. Cette généreuse hospitalité avait toutefois des limites… En effet, les chroniques judiciaires de l'époque sont riches en plaintes provoquées par des rixes survenant entre le voyageur et le mari qui, au beau milieu de la nuit, s'apercevait que l'invité s'intéressait d'un peu trop près à son épouse!
Revenons aux bains où certains passaient la plus grande partie de la journée, chantant, buvant ou dansant. Pogge décrit également la tenue des baigneurs: «Les hommes utilisent des sortes de caleçons, les femmes sont revêtues de tuniques de toile qui ne couvrent ni le cou, ni la poitrine, ni les bras, ni les épaules». Il va même jusqu'à comparer ces lieux à l'Eden «oui, c'est bien cela, le jardin de volupté». Au Moyen Age, ces bains étaient une véritable institution et leur fréquentation très répandue. La plupart des villes, même petites, se devaient de posséder leurs étuves. Comme on s'en doute, ces lieux avaient souvent mauvaise réputation et l'expression «aller aux bains» était fréquemment synonyme d'aller au lupanar ou selon le terme de l'époque au «bordeau». D'ailleurs, ces lieux seront régulièrement condamnés par les bonnes consciences et par les autorités ecclésiastiques qui, comble de l'ironie, en contrôlait pourtant certains…EXERGUE«Ces lieux avaient souvent mauvaise réputation et l'expression «aller aux bains» était fréquemment synonyme d'aller au lupanar.»
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