Du Moyen Age aux années 1700 au moins, d'étranges procès concernant des animaux se multiplièrent dans toute l'Europe.
C'est à Genève que se déroula l'un des plus anciens procès de ce type. En 1221, des «anguilles» pullulaient dans les eaux du lac au point d'en devenir une vraie nuisance. L'évêque instruisit aussitôt une procédure judiciaire contre ces horribles envahisseurs et prononça une sentence qui reléguait «lesdites anguilles» dans une zone bien déterminée du lac qu'elles ne devaient quitter en aucune circonstance. On ignore si les anguilles respectèrent cette interdiction… Il faut préciser que les tribunaux ecclésiastiques se chargeaient de tous les insectes, rongeurs ou bestioles s'attaquant aux récoltes: rats, limaces, sauterelles, chenilles ou autres vermines… Quelques années plus tard, en 1451, dans la région de Berne, des sangsues commencèrent à envahir les ruisseaux et les étangs. Cette fois, c'est l'évêque de Lausanne Mgr. Saluces qui s'occupa de cette grave affaire. Après un procès en bonne et due forme, les «vers aquatiques» se virent solennellement maudits! En 1479, toujours à Berne, une procédure fut ouverte contre des chenilles qui eurent l'immense privilège d'être défendues par l'un des plus célèbres jurisconsultes de l'époque: le Fribourgeois Jean Perrotet. En effet, lors de ces étonnants procès, les animaux avaient droit à un avocat.
De son côté, la justice civile s'occupait des animaux ayant commis un «délit». On trouve des chevaux, des ânes et des chiens mais la palme d'or revient aux cochons. Il faut savoir qu'au Moyen Age, les «pourcels» circulaient en toute liberté dans les villes et villages. Ce qui causait parfois des accidents: morsures ou, plus graves, des enfants mal surveillés étaient dévorés. Dans ce cas, l'animal se voyait aussitôt arrêté et mis en «bonne geôle» en attendant l'ouverture de son procès. Le porc était, lui aussi, défendu par un avocat mais en règle générale il ne comparaissait pas directement devant le tribunal. En revanche, on venait lui lire la sentence dans sa cellule. C'est exactement ce qui se passa pour la truie de Falaise (France) en 1386. Une fois condamnée pour homicide, cette truie, qui était pour l'occasion entièrement habillée avec une veste, des hauts-de-chausses et des gants blancs aux pattes de devant, fut pendue... De plus, le responsable de la justice du Roi insista pour que tous les habitants assistent à l'exécution en compagnie de leurs porcs respectifs afin que le spectacle leur «serve de leçon»!
Les volatiles aussi pouvaient être accusés… L'histoire du coq de Bâle en est un bon exemple. En 1474, les magistrats bâlois organisèrent un procès contre un coq suspecté d'avoir pondu un œuf! Il fut reconnu coupable de «crime contre nature» et condamné à être brûlé vif. Le chroniqueur bâlois Gross raconte l'exécution en détail. Le bûcher avait été érigé sur la colline dite de Kuhlenberg où le coq et l'œuf subirent leur châtiment... Mais plus étonnante encore est l'affaire du perroquet d'Arras. Le 23 avril 1794, à la suite d'une dénonciation malveillante, toute une famille et son perroquet se retrouvèrent devant le tribunal révolutionnaire. L'animal avait la fâcheuse habitude de crier «Vive le roi» ce qui en pleine Révolution était dangereux! Ses maîtres furent condamnés à être guillotinés tandis que le perroquet fut simplement remis à «une bonne citoyenne» chargée de lui apprendre à crier «Vive la Nation» et «Vive la République»…
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